Françoise Girard, Paris UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES AUX NOUVELLES-HÉBRIDES; SON IMPORTANCE RELIGIEUSE Ne trouverait-on pas aux Nouvelles Hébrides une des formes les plus archaïques de théâtre de marionnettes? Il y a, en effet, ou plus exactement il y avait — car il semble bien qu’elles appartiennent maintenant au passé comme tant de traits de culture de cette société néolithique — des petites poupées sculptées. Ces figurines, tantôt simples visages, tantôt petits personnages, apparaissent dans une représentation et jouent un rôle. On sait malheureusement très peu de chose sur ces marionnettes; elles servaient en effet pour des cérémonies extrêmement secrètes que l’on cachait soigneusement aux Européens. Speiser 1 ) note leur existence, mais c’est Deacon qui, le premier, a eu conscience de leur importance et les a situées dans leur cadre. La documen ­ tation qu’il a pu recueillir à Seniang, district sud de Malekula, est malheureuse ­ ment très fragmentaire, les cérémonies ayant cessé d’être exécutées au début du siècle et les personnes qui avaient été initiées à leurs mystères refusant d’en parler. * Comme la plupart des sculptures de Malekula, ces petites marionnettes sont en matière extrêmement friable. Le relief de leur visage est modelé dans une pâte — composée de fibres et de résine — appliquée sur un bouchon de feuilles, une noix de coco ou du tapa. Elles sont recouvertes de couleurs, aux dominantes brunes, blanches et noires, qui dessinent sur le visage et le corps des motifs analogues à ceux qu’hommes et femmes portent pour assister à certaines cérémonies et qui in ­ diquent le rang et le rôle de chacun. Il existe plusieurs types de marionnettes. Les plus répandues sont de simples têtes enfilées en travers d’un bambou ou fixées à l’extrémité d’une mince baguette (cf. phot. 2 et 6). Le visage, souvent surmonté d’une touffe de cheveux ou d’un turban d’écorce, a des traits prononcés: arcades sourcilières puissantes, large nez proéminent, grande bouche; une petite dent de porc fréquemment placée à la commissure des lèvres se rabat sur les joues; étonnamment variées et expressives, très drôles souvent, ces petites figurines font instinctivement penser à nos person ­ nages de guignol 2 ) (cf. phot. 1 et 5). On ajoute parfois à ces petites têtes des épaules qui supportent les membres supérieurs (cf. phot. 3), mais il y a aussi de vraies petites poupées avec bras et jambes, des mains aux doigts écartés, des pieds bien dessinés et presque toujours représentées en position assise (cf. phot. 4). Deacon signale en core de grands mannequins de taille humaine. Taillés dans un tronc de fougère arborescente, ils étaient très analogues aux Rambaram; ces effigies mortuaires surmontées du crâne même du défunt, exécutées pour représenter après leur mort