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Volltext: Anthropos, 92.1997,4/6

Anthropos 92.1997 
528 
Séverin Cécile Abega 
Le nomadisme n’existe plus. Pour bénéficier du 
fruit de son labeur, on s’approprie les plantes, 
les terres cultivées et les territoires habités. La 
sédentarisation favorise l’accumulation, entraînant 
l’apparition des hiérarchies et la complexité du 
système social et politique. La maîtrise de la pro 
duction alimentaire favorise la croissance alimen 
taire. 
Le premier modèle décrit les pygmées au mo 
ment de leur rencontre avec les Tikar. Ces derniers 
sont plus proches du second. On peut situer les 
mble entre les deux. Agriculteurs semi-nomades, 
ils se classent dans ce qu’on a coutume d’appeler 
les essarteurs de clairière. Ressource naturelle au 
même titre que le mil, le gibier ou les tubercu 
les sauvages, la terre s’épuise plus lentement. On 
change donc de place à la fin d’un cycle agrico 
le, c’est-à-dire moins souvent que les chasseurs 
collecteurs. L’accumulation est faible, la stratifica 
tion sociale diffuse. La culture matérielle est plus 
élaborée que chez les pygmées, mais moins que 
chez les agriculteurs typiquement sédentaires. Les 
groupes sociaux ont une existence plus élaborée, 
sans atteindre la complexité d’une chefferie tikar. 
Telle semble être la société mble du mythe. Nous 
connaissons leurs parents bamvéle. Ils appartien 
nent à la même aire culturelle que les Beti décrit 
par Laburthe-Tolra (1981). 
Habituellement, les cultures de ce type sont 
classées avec celles des agriculteurs dans les gran 
des typologies. On remarque cependant ici qu’elles 
apparaissent aux yeux des sédentaires comme as 
sez proches de celles des chasseurs collecteurs. 
En réalité, on n’a jamais évalué la place des ac 
tivités de prélèvement direct dans leur économie. 
Cela mettrait mieux en lumière cette situation in 
termédiaire qui semble mieux leur convenir, et les 
rapprocherait d’un groupe ou de l’autre. 
Si les mble volent donc du maïs comme les 
bodzâp, il s’agit dans leur cas de chapardages sans 
gravité, puisque perpétrés par des enfants. Cette 
société connaîtrait ainsi une moindre précarité ali 
mentaire par rapport aux pygmées, mais apparem 
ment cette sécurité n’est pas complète, les enfants 
étant contraints au maraudage. Le texte comporte 
aussi des allusions à une organisation sociale de 
la société mble, communauté gouvernée par un 
pouvoir représenté par un chef et des notables. Les 
mble étaient en effet regroupés en sept villages qui 
ont aujourd’hui disparu. Ils avaient pour nom cinci, 
galo, dzcmbû, dz.aândz.ôij, kpéré et nd0 ’. kpéré 
était divisé en deux. Chaque village avait un nota 
ble à sa tête, dont le titre était étymologiquement 
lié à celui du village. Ainsi, nyinci gouvernait 
cinci, ngbaândzôrj était à la tête de dzaândzôi7. 
Les territoires forestiers de ces villages restent 
attribués à leurs descendants. Apparemment, cette 
organisation n’était pas très centralisée, et même si 
le monarque refuse de se soumettre, il n’essaye pas 
d’influencer le choix de ses notables qui préfèrent 
suivre l’inconnu. 
Quant à la culture matérielle, elle est re 
présentée par le sabre et le tambour sacré. Celui-ci 
existe toujours. Il est appelé ngbdmble, tambour 
des mble. On me l’a présenté. Il s’agit d’une bille 
de bois évidée et fermée par une peau de bête, 
membrane frappée par le joueur pour donner le 
son. Cependant, contrairement au tambour classi 
que, il est aussi fermé à un bout, le plus petit, 
celui qui touche le sol. Seul le chef est autorisé 
à en voir l’intérieur. Autrefois, les membranes 
étaient en peau humaine. Le ventre du tambour 
en contiendrait une. Une autre fermerait le plus 
petit bout. 3 
Présenté à la cour, le mble n’a pas tardé à 
montrer son courage et sa courtoisie, s’asseyant 
derrière celui qui l’a amené, signe de soumission, 
et attachant du prix à la vie du chef, d’où sa 
récompense: une place de notable, l’un des plus 
éminents de la cour de Nditam, dispensé d’ailleurs 
de saluer le chef, pour un mble, position que 
ses descendants conservent aujourd’hui encore, et 
un immense privilège pour tous les hommes et 
femmes de la communauté: alliés donneurs de 
femmes et chargés de la garde rapprochée du 
monarque. 
Ce destin est d’autant plus remarquable que les 
mble avaient été introduits à la cour par un rival 
du roi. En effet, tédzcéndo était, d’après Jacques 
Nyétché son descendant, frère du roi. Ils avaient le 
même père et étaient venus ensemble de Bankim. 
Chacun d’eux avait un fils, et les deux garçonnets 
habitaient ensemble et portaient le même nom: 
ngbeémc. Quand on tuait une panthère, les deux 
enfants étaient servis ensemble, mais le fils de 
tédzcéndo mangeait la plus grosse part. Le chef 
a attiré l’attention de son frère sur ce phénomène 
et lui a demandé la conduite à tenir. Celui-ci 
s’est incliné par anticipation à toute décision que 
prendrait le monarque, et le chef a demandé qu’ils 
se séparent, tédzcéndo lui a demandé de lui trouver 
une terre. Le chef a sollicité le concours de tômotd 
et de dzepâp, notables autochtones, maîtres de la 
terre sur laquelle ils venaient de s’installer, et ils 
lui ont dit de bâtir sa concession au lieu dit ndo. 
3 Le chef de Nditam nous a affirmé qu’il serait prêt à laisser 
prélever des fragments du bois et de la peau afin d’aider a 
l’identification des espèces utilisées et à leur datation. La 
communauté mble partage ces dispositions.
	        
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