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Bastin, Masques et sculptures Ngangela
de nuance dans le dessin. Avec une économie de moyens exemplaire naît une
densité dramatique que les oeuvres de l’Angola central n’atteignent que rarement.
Le soin donné au tracé des motifs de tatouage se remarque aussi dans
l’exécution de la perruque de fibre. Son modèle ne correspond pas totalement
aux coiffures Ngangela connues, toutefois sa teinte brunâtre est celle des costumes
de masque de la région.
Sculptures
Les Ngangela ont l’habitude d’orner leurs objets rituels. Le Père Martinho
Van Koolwijk (1966, 197) nous apprend que les poteaux de l’autel aux sacrifices,
mutula, érigé au cours du cérémonial de l’intronisation, à l’entrée du
sanctuaire cheffal, sont ornés à profusion de figures symboliques sculptées à
l’herminette. Le même auteur (p. 199) mentionne encore l’existence de nombreux
symboles gravés sur la grande trompe de bois qu’il eut l’occasion de voir
lorsqu’elle fut montrée à la première épouse inakulu lors de son initiation aux
secrets des hommes. Cette trompe taillée dans un tronc de trois à quatre mètres
de long se conserve, immergée dans la boue, en un endroit du bord d’une rivière
interdit aux femmes et on en sonne pour honorer les ancêtres en certaines grandes
éventualités. Schachtzabel (1923, 98) mentionne son usage à l’occasion d’un
enterrement, au cours duquel les hommes soufflent à tour de rôle dans l’instrument,
près de l’ouverture de la tombe, en implorant que l’esprit du mort ne
vienne les inquiéter par des maladies.
Une note du Père Mercier (dossier 54.56 du Musée de l’Homme) signale en
plus que des figures « ornent les pieux qui forment l’estrade où l’on place les
tambours pour les danses rituelles » qui terminent les cérémonies de l’initiation
sociale de la mungolo, jeune fille récemment pubère.
Aucune photo n’a malheureusement été publiée de ces sculptures rituelles
Ngangela. Dans Schachtzabel (1923, Taf. XVI) il y a à l’entrée de la maison
du chef Tschitembo un simple édifice qui correspond à l’autel mutula décrit par
M. Van Koolwijk, mais les pieux ne semblent pas porter d’ornements.
Un panier de devin, récolté par la Mission Rohan-Chabot, nous permet de
découvrir, parmi son contenu hétéroclite de trente-deux petits objets symboliques
- allant de la corne, à la graine et à l’ongle d’un oiseau de proie - deux
figures rituelles Ngangela, bien sculptées (fig. 9). Elles portent la coiffure
féminine à deux crêtes. Tout en apparaissant dans l’attitude accroupie des
figures d’ancêtres (Delachaux, 1946, pl. III), elles tiennent à hauteur du cou
une sorte de plateau qui leur donne l’aspect d’être des miniatures de sièges à
cariatide.