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R, P. Dr. R. VerbrugûE;
Ces agglomérations d’habitants ne sont plus liées au sol, mais à un
produit quelconque ou à un besoin régional, matière première souvent
amenée par d’autres, objets fort demandés dans le pays, décision d’une
autorité supérieure, etc. Ces habitants, gens de commerce, vivent d’une
clientèle qui leur arrive ou qu’ils vont chercher. Combien peuvent-ils vendre?
Cela dépend des environs: tout comme les petits fabricants d’objets courants
doivent souvent se déplacer pour aller chercher la clientèle, de même le
boutiquier doit atteindre la même clientèle disséminée. Il se contente le
plus souvent de l’attendre, comme l’araignée qui dans sa toile attend sa
victime. C’est le Mongol ou le paysan qui vient à la ville faire ses emplettes.
Or les objets se vendent mieux «quand on le venir», que si on allait les
lui présenter à la maison ou devant la tente. Ou bien encore ce sont de
petits colporteurs qui transportent les mêmes objets, en deux baquets sus
pendus à une perche portée sur les épaules; surtout des objets de toilette,
allumettes, cigarettes, ou autre pacotille, qu’on vend à quelques sapèques,
ou qu’on échange contre des oeufs. Enfin, aux grandes foires qui se tiennent
dans les campagnes à des endroits et des jours déterminés, près d’un temple
ou d’un théâtre, on voit parfois les boutiquiers des villes venir étaler leurs
marchandises sous des tentes dressées.
D’un autre côté on a certes les transports vers l’étranger, d’articles
mongols et chinois, thé, laine, peaux, etc. partant des villes frontières, près
de la Muraille, pour traverser la Mongolie jusqu’en Sibérie. Mais, outre que
ce sont de maisons sino-européennes, elles n’ont rien à faire avec nos paysans
de Mongolie. La laine et les peaux sont achetés aux Mongols par des inter
médiaires envoyés sur les lieux par les firmes, ou bien les pauvres nomades,
endettés déjà en ville, doivent en amener toujours de plus fortes quantités.
Enfin le dernier cri: on a vu exceptionnellement des maisons japo
naises, américaines, anglaises, venir chercher un débouché jusqu’ici, le créer
en quelque sorte, pour leurs allumettes ou leurs cigarettes; mais ce procédé
est encore tout nouveau. Car le tissu américain ou le pétrole étranger sont
venus d’eux-même, peu à peu, recherchés par les Chinois. Mais maintenant
le progrès veut forcer les portes. J’ai vu, en 1909, sur les murs branlants
d’une masure de campagne, comme dans toutes les villes de province, des
affiches illustées, multicolores, de tabacs et des cigarettes; j’ai rencontré
sur les grands chemins de la Mongolie des représentants de ces maisons
avec leurs marchandises, par chariots; une fois même par automobile:
jamais on n’avait rien vu de pareil.
Mais jusqu’ici les meilleurs débouchés se trouvaient aux endroits
favorisés où les paysans viennent le plus volontiers, le plus facilement:
c’est ainsi que les centres actifs naissent souvent dans des endroits désignés
d’avance, à un carrefour de chemin, au confluent de rivières, de vallées,
ou près d’un temple, ou dans un village qui par une raison quelconque,
familiale ou individuelle, sait attirer les habitants du voisinage: ici c’est un
fermier riche et capable; là, un personnage savant ou officiel; ailleurs un
nouveau marché ou une boutique entreprenante; pour les chrétiens, c’est
autour d’un église,