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Bibliographische Daten: Sociologus, N.F. 29/31.1979/81

Tumulus et pyramides de corps 
599 
^nthropos 81.1986 
Grigorie Ghica Vodâ, prince de la Molda 
vie, par peur des Tatares et des troubles qui 
étaient dans le pays, se réfugie avec sa cour 
dans une grande forêt: 
«Gligorie Voda, après que la paix s’est 
installée parmi eux [parmi les Tatares] est sorti 
de la forêt en allant tout droit sur Jassy. Durant 
son séjour dans la forêt, toute son armée a 
mangé du foin et des graines de blé pris aux 
Tatares. A leur départ, ils firent un grand tertre 
dans la forêt, pour qu’on se le rappelle» (Necul- 
ce 1955; 340). 
Un chroniqueur anonyme (Câlâtori 
1973: 118), qui accompagne l’envoyé polonais 
Jerzy Krasinski en 1636, voit en Valachie «un 
très grand tertre . . . qui a son histoire; entr’au- 
tres il est renommé parce que le prince Radou, 
jadis prince de la Moldavie, a fêté en plein air 
et au bas de la colline le mariage de son fils avec 
la fille d’un grec, Skurkiel.» 
La même information est donnée en 1640 
par un deuxième chroniqueur (Câlâtori 1973: 
156). 
Enfin, des tertres peuvent être élevés pour 
marquer les limites les plus importantes ou les 
plus contestées séparant deux territoires villa 
geois (signalé par Henri H. Stahl). On fait ainsi 
appel à un procédé qui imite celui habituel pour 
l’agrimensure du passé, utiliser les éléments du 
milieu naturel pour délimiter des territoires. Le 
v elum romain même a servi de limite entre des 
territoires villageois (Miron Costin, dans Kogâl- 
mceanu 1872/1: 22, la note de loan Canta). 
En partant de l’observation des tumulus, on 
s e trouve donc devant tout un chapitre de la vie 
Passée, celui des tertres artificiels, peu connu. 
Les faits qui viennent d’être exposés, permet 
tent de constater qu’il y a des vrais tertres- 
tombeau, des tertres-souvenir, des tertres-indi 
cateurs de routes, des tertres-bornes séparant 
des territoires. Toutes ces catégories remontent 
^°in dans l’histoire mais ce n’est pas le cas de 
développer cet aspect ici. 
Des légendes se tissent autour d’eux et on 
mtrouve souvent la croyance qu’il s’agit de 
tombeaux. Devrait-on ajouter qu’un tertre, 
^ême petit, est une montagne en miniature et 
Qu’une montagne est sacrée? Partout en Europe 
^dentale, en celle Occidentale aussi, les empla 
cements élevés, les sommets mêmes des mon 
tagnes, ont été recherchés pour installer des 
églises, pour effectuer des cérémonies de carac 
tère religieux. Les Tatares de l’Ukraine condui 
saient les assassins condamnés à mort «sur la 
butte destinée à ces sortes d’exécutions» (Tott 
1785/1: 66). Et le roi d’Ukraine qui baptise son 
peuple en l’an 988, et veut construire une église 
au milieu de la ville de Kerson, ne le fait-il pas 
sur un tertre construit au préalable? (Popa 
Lisseanu 1935: 102). 
f) La mort en martyr 
Pour mieux comprendre une partie des pages 
précédentes, il faut ajouter quelques mots sur 
les croyances musulmanes en rapport avec les 
martyrs. Je suis à cet égard les textes de Ohsson 
(1788/11) ; on peut consulter avec profit les 
commentaires sur la mort de El-Bokhari. 
Il y a deux sortes de martyrs, militaires et 
civils; les premiers sont les combattants tombés 
dans une guerre et pour la défense de la religion 
et de l’Etat musulman. «Les autres sont les fi 
dèles qui perdent leur vie par la main, ou d’un re 
belle, ou d’un brigand, ou d’un citoyen» (Ohs 
son 1788/11: 320). Le sort du combattant coura 
geux est clair: «Si tu tuera, tu seras gazi - c’est- 
à-dire vainqueur -, si tu seras tué, tu seras Schéh- 
hid - c’est-à-dire martyr, donc heureux dans 
les deux cas» (Cîndea 1977: 315). Il y a divers 
degrés dans cette qualité de martyr, mais la plus 
haute est celle du combattant mort pendant 
le combat (Cîndea 1977: 315; voir aussi 425). 
«Le véritable martyr militaire est celui qui, 
au milieu même de l’action, tombe mort sur le 
champ de bataille, ou qui ne survit que quel 
ques instants à ses blessures, sans avoir ni la 
force, ni l’esprit, ni la volonté de s’occuper 
d’aucun objet temporal et mondain (Ohsson 
1788/11: 320). . . . Les funérailles d’un martyr 
doivent être différentes de celles des fidèles 
décédés de mort naturelle. Un martyr n’a be 
soin ni de lotion funéraire, ni de linceuls: le 
sang dont il est couvert lui tient lieu de lotion et 
de purification légale; et c’est dans son habit 
même qu’il faut l’envelopper, et lui donner la 
sépulture, toujours à la suite d’une prière fu 
nèbre» (Ohsson 1788/11: 321-322). 
Il s’agit donc de variations importantes par
	        
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